Une promesse audacieuse, un résultat décevant.
Avec Final Cut, Omar Naïm s’attaque à un sujet aussi fascinant que périlleux : et si un monteur avait accès aux images les plus intimes d’une vie entière, filmées en temps réel ? Le film, sorti en 2004, mise sur une prémisse futuriste et une réflexion sur la mémoire, la culpabilité et la manipulation. Pourtant, malgré une esthétique soignée et une bande-son signée Brian Tyler, le résultat peine à convaincre, victime d’un scénario hésitant et d’une mise en scène inégale.
Une direction d’acteurs en demi-teinte.
Dès l’ouverture, le film trébuche : la première séquence, centrée sur des enfants, souffre d’une direction d’acteurs peu convaincante. Les jeunes comédiens, bien que sincères, manquent de naturel, ce qui affaiblit d’emblée l’immersion. À l’inverse, le générique, élégant et rythmée par la partition de Brian Tyler, laisse entrevoir une ambition visuelle et sonore qui, hélas, ne se confirme pas toujours.
Robin Williams, un protagoniste en retrait
Robin Williams, dans le rôle du monteur Alan Hakman, est étrangement effacé. Son personnage, obsédé par les images qu’il visionne et hanté par un trauma personnel, se réduit souvent à une série de tics : carnet en main, annotations compulsives, regards lourds de sens. Pourtant, cette accumulation de détails ne parvient pas à rendre crédible sa souffrance. Le trauma, censé être le moteur de l’intrigue, reste superficiel, comme si le film avait peur d’approfondir les zones d’ombre de son héros.
Un scénario qui peine à trouver son rythme
Final Cut oscille entre thriller psychologique, drame contemporain et anticipation, sans jamais s’ancrer pleinement dans un genre. Les dialogues, souvent plats, ne parviennent pas à dynamiser une intrigue qui avance par à-coups. Certaines séquences, alourdies par une musique parfois trop démonstrative, perdent en tension. Pire : le concept même du film — un monteur visionnant les moments les plus intimes d’une vie — manque de crédibilité. La relation entre Alan et sa compagne, Delila (Mira Sorvino), en est l’illustration parfaite : peu développée, elle semble artificielle, comme un accessoire narratif plutôt qu’un véritable enjeu dramatique.
Une esthétique soignée, mais insuffisante
Visuellement, Final Cut est irréprochable. Les plans sont propres, la photographie maîtrisée, et l’ambiance générale rappelle les codes du cinéma d’anticipation. Pourtant, cette qualité technique ne suffit pas à masquer les faiblesses du récit. Le film, qui aurait pu explorer les limites de la mémoire et de la manipulation, se contente trop souvent de survoler ses thèmes, comme s’il craignait de se confronter à leur complexité.
Un bilan mitigé
Final Cut reste un film ambitieux, mais inabouti. Malgré une idée de départ séduisante et une réalisation soignée, il peine à tenir ses promesses. Robin Williams, habituellement brillant, semble ici prisonnier d’un scénario qui ne lui offre pas assez d’espace pour briller. Dommage : avec un peu plus d’audace narrative et une meilleure exploitation de son concept, Final Cut aurait pu devenir un classique du cinéma d’anticipation. En l’état, il reste un exercice de style inégal, où la forme l’emporte trop souvent sur le fond.
Final Cut est un film qui promet beaucoup, mais tient peu. Malgré quelques idées intéressantes et une esthétique soignée, il laisse un goût d’inachevé, comme si le montage final avait oublié de couper les longueurs et d’approfondir les enjeux.
Acteurs principaux :
Robin Williams (Alan W. Hakman)
Jim Caviezel (Fletcher)
Mira Sorvino (Delila)
Genevieve Buechner (Isabel Bannister)
Stephanie Romanov (Jennifer Bannister)
Compositeurs : Brian Tyler, Andrew Lockington
Producteurs : Nick Wechsler, Nancy Paloian-Breznikar, Guymon Casady, Marc Butan
Distributeur (France) : Metropolitan FilmExport
Pays : Canada, États-Unis, Allemagne
Budget : 10 millions de dollars
Box Office France : 100 906 entrées Année de sortie : 2004
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